Le sommet de la 16ᵉ session ordinaire de la Conférence des chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), tenu le 10 septembre 2025 à Bangui, s’inscrit comme une étape cruciale dans le long cheminement vers une intégration régionale effective. Réunis sous le thème ambitieux « Ensemble pour une intégration régionale dynamique et émergente », les dirigeants des six pays membres ont réaffirmé leur volonté commune de dépasser les blocages structurels et politiques qui freinent encore l’élan communautaire.

Des engagements forts, mais à concrétiser

Lors de ce sommet de haut niveau, les chefs d’État ont mis l’accent sur plusieurs axes stratégiques : la coopération économique, la gouvernance institutionnelle et la consolidation de l’espace communautaire. Ils ont reconnu l’urgence d’une réponse collective face aux défis majeurs que sont les turbulences géopolitiques, la dépendance aux matières premières, la faible mobilisation des ressources intérieures et la gouvernance budgétaire encore perfectible dans nombre de pays membres.

Ces questions ont été abordées en amont par les ministres de l’Économie, des Finances et du Plan lors de la 43ᵉ session du Conseil des ministres de l’Union économique de l’Afrique centrale (UEAC), posant ainsi les bases techniques aux engagements politiques adoptés par les chefs d’État.

La question centrale de la libre circulation

S’il est une problématique qui cristallise depuis des décennies les attentes des citoyens de la zone CEMAC, c’est bien celle de la libre circulation des personnes et des biens. À ce jour, les échanges intra-communautaires représentent à peine 3 % des flux commerciaux totaux, un chiffre dérisoire qui illustre la persistance de barrières administratives, sécuritaires et politiques injustifiables à l’ère de la mondialisation.

Comparée à la CEDEAO, où la libre circulation est effective, la CEMAC fait figure de zone à l’intégration timide. Or, une vraie dynamique régionale ne peut exister sans mobilité. C’est pourquoi les paroles entendues à Bangui doivent se traduire en actes concrets : suppression des visas, harmonisation douanière, construction d’infrastructures transfrontalières, et surtout, volonté politique ferme.

Un souffle nouveau venu du Gabon

L’élection du Président Brice Clotaire Oligui Nguema au sommet de l’État gabonais, saluée comme une transition pacifique réussie, suscite de grands espoirs. Élevé au rang de Grand Commandeur dans l’Ordre du Mérite Communautaire, il incarne, aux yeux de beaucoup, une génération de dirigeants plus consciente des attentes populaires en matière d’intégration.

Le Gabon, pays à forte capacité économique et au positionnement géostratégique clé, peut et doit jouer un rôle moteur dans cette nouvelle phase d’intégration. Son implication active dans les réformes attendues — notamment sur la libre circulation, la mutualisation des politiques fiscales, ou encore la digitalisation des services publics régionaux — sera déterminante.

Passation de pouvoir et continuité

Le passage de relais entre le président centrafricain Faustin Archange Touadera et son homologue congolais Denis Sassou Nguesso à la tête de la présidence tournante de la CEMAC marque aussi un moment symbolique. La République du Congo, qui reprend les rênes pour un an, est désormais investie de la responsabilité de concrétiser les engagements pris, en étroite concertation avec les autres États membres.Conclusion : le temps de l’actionLe sommet de Bangui aura, certes, été marqué par une prise de conscience renouvelée des enjeux régionaux. Mais l’histoire de la CEMAC est jalonnée de promesses non tenues. Cette fois, les peuples d’Afrique centrale attendent des résultats tangibles. L’intégration ne doit plus rester un slogan, mais devenir une réalité vécue : dans les transports, dans les marchés, dans les politiques publiques et dans les esprits.

La balle est désormais dans le camp des dirigeants. Car c’est dans l’audace des réformes, la sincérité des engagements et la constance dans l’action que se jouera l’avenir d’une Afrique centrale forte, solidaire et intégrée.

MABIMBA Joseph Keurtys D

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